L’oncle de Pocahontas, premier cas suspecté de myasthénie grave
Au XVIIe siècle, Opechancanough a été l’instigateur d’attaques dévastatrices contre les colonies anglaises. Des témoignages d’époque décrivent ce grand chef de la confédération Powhatan comme un guerrier redoutable, mais font aussi mention d’une maladie mystérieuse et si éprouvante qu’il lui était impossible de lever les paupières…
L’histoire et la médecine se rencontrent pour nous offrir cette anecdote insolite.
En 1618, dans la Virginie actuelle, la nation Powhatan était en deuil. Elle venait de perdre celui que l’Histoire a retenu comme son leader le plus puissant et le plus célèbre : le chef Powhatan, père de Pocahontas.
Sous son règne, le peuple Powhatan s’était organisé pour former une puissante alliance politique et Tsenacommacah, leur territoire, s’étendait sur toute la plaine côtière de Virginie.
Bien que le Chef Powhatan ait eu de nombreux enfants, aucun d’eux n’était destiné à hériter de son titre prestigieux de mamanatowick. Les tribus de Tsenacommacah pratiquaient en effet un système de succession matrilinéaire. Son remplaçant à la tête de la confédération Powhatan se trouvait donc parmi les frères et sœurs que lui avait donnés sa mère, les hommes venant en premier dans l’ordre de succession.
Son frère cadet, Opitchapam, devint ainsi chef suprême de la nation Powhatan. Mais « faible et décrépit » comme le décrivaient les colons anglais, il fut vite éclipsé par un autre membre de sa fratrie : Opechancanough.
Autrefois un guerrier redouté – il avait participé à la capture du capitaine John Smith quelques années plus tôt –, Opechancanough s’était fait plus discret, feignant même un intérêt pour le christianisme. La supercherie suffit à duper les Anglais, qui baissèrent leur garde. Le matin du 22 mars 1622, il lança l’assaut sur les colonies britanniques, tuant plus de 300 colons. Cet évènement resta gravé dans l’histoire comme le terrible massacre indien de 1622 et marqua le début de plus de vingt ans de guerre et d’affrontements.
Dans les années avancées du conflit, Opechancanough semblait avoir été frappé par un mal étrange. Une fatigue extrême l’empêchait de marcher ou même de garder ses yeux ouverts. Des documents d’époque relatent qu’il « devait être porté sur une litière jusqu’à ses guerriers » et que « ses paupières étaient paralysées de sorte qu’il ne pouvait voir que lorsque celles-ci étaient soulevées par ses assistants. »
À l’époque, il n’existait pas de terme exact pour parler de sa maladie. Un diagnostic sur l’affection dont souffrait Opechancanough ne serait d'ailleurs posé qu’en…1988. Plus de trois siècles plus tard, le Dr. H. Blair Marsteller fit resurgir le cas du chef indien et l’identifia comme le premier cas potentiel de myasthénie grave en Amérique.
La première description médicale d’un cas de myasthénie grave (MG) a longtemps été attribuée à Thomas Willis, un médecin d’Oxford ayant cofondé la Royal Society (rien que ça !), en 1672. Il faudra pourtant encore attendre plus de 200 ans pour que l’affection soit reconnue comme une maladie à part entière et soit enfin nommée myasthénie grave par un neurologue badois, Friedrich Jolly.
Bien que l’on ne puisse affirmer avec certitude qu’Opechancanough était bien atteint de myasthénie grave, les descriptions de l’époque correspondent aux symptômes de la MG : une faiblesse musculaire importante, des paupières tombantes et des difficultés dans les gestes du quotidien. On peut également noter que l’état d’Opechancanough s’améliorait après des périodes de repos.
Malgré cet important déclin physique, le chef Powhatan vécut longuement sans jamais perdre sa détermination, encourageant son peuple à défendre leur territoire jusqu’à son dernier souffle, arraché d’une balle dans le dos tirée par un colon anglais alors qu’il était emprisonné.
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